À propos du ciel antérieur (xian tian 先天) et du ciel postérieur (hou tian 后天) – PARTIE 3

Dans Théories fondamentales

Mécanismes subtils de l’alchimie interne

Par Robert Hawawini

Cet article est la suite de À propos du ciel antérieur (xiān tiān 先天) et du ciel postérieur (hòu tiàn 后天) - PARTIE 2

Nous avons défini les réalités des Ciels antérieur (xiantian) et postérieur (houtian), dégagé les grandes lignes significatives de la « voie du retour » jusqu’à l’état fœtal et mis en place quelques rapports fondamentaux de l’alchimie interne, plus spécifiquement Cinabre intérieur (neidan) taoïste. Dans cet article, nous allons décrire une série de mécanismes qui expliquent ses étapes. Bien qu’elles s’y réfèrent, les descriptions qui vont suivre n’empruntent pas systématiquement le discours taoïste classique. Il se retrouve dans divers ouvrages et articles. Nous avons adapté notre langage à une compréhension actuelle, moderne, collant au corps, des processus. Nous nous éloignerons de termes tels qu’élixir d’immortalité ou d’or ou de longue vie ; transmutation du dao ; techniques du jaune, l’or et du blanc, l’argent ; raffinement du cinabre ; extraction du mercure ; femelle mystérieuse (xuannü), etc… Trop symboliques et théoriques, ils obscurcissent notre compréhension des transformations plus qu’ils ne l’éclairent.

Rappelons que l’alchimie interne est la transformation de la matière par l’esprit lors du retour à l’état originel (yuan). Il est l’état non-duel du dao, le yang pur situé au-delà de la dualité yin-yang du monde. La matière est le corps. L’esprit qui le renouvèle est le yuanshen du Ciel antérieur (xiantian), Feu empereur (junhuo) immobile logé dans le Cœur. Yuanshen est la vacuité (xu), non pas comme nous l’imaginons vide de tout, mais vide-pleine. Elle est la plus grande conscience créatrice et transformatrice de l’univers intérieur, le microcosme corporel, et de l’univers extérieur, le macrocosme. Les deux sont indissociables. Précisons que, selon les Chinois et nous approuvons, la vertu (de) originelle de l’homme est présente dès l’état fœtal. Assimiler la « voie du retour » au retour à l’état fœtal pour retrouver sa nature originelle est donc cohérent.

De facto, le corps humain est la plus sublime forme de l’univers. Elle contient l’ensemble des conditions nécessaires et suffisantes pour réaliser l’Opus Magnum, le Grand Œuvre des alchimistes médiévaux. Toutes les fonctions du corps sont entièrement dévolues à cette œuvre. Pour nous, de toute l’histoire connue de l’humanité, les taoïstes ont le mieux détaillés la subtilité du fonctionnement du corps pour expliquer, à leur manière, comment la conscience se transforme intérieurement. Cette conversion est inséparable de la réparation de l’enveloppe corporelle.

Il faut bien comprendre que toutes les descriptions paradigmatiques, physiologiques, émotionnelles, psychiques, cognitives et autres données par les civilisations, occidentale comprise, font partie du monde illusoire. Elles n’ont aucune réalité intrinsèque. Sous la dépendance de nos perceptions singulières et de nos projections, elles sont un produit de l’imaginaire des hun, une tentative d’expliquer des mécanismes. Elles donnent des modèles théoriques cohérents de compréhension et d’action. Il faut savoir les intégrer dans une première étape afin de les dépasser entièrement dans une dernière étape.

À l’instar des Trois Trésors (sanbao) que sont le shen du Cœur, le qi du Poumon et le jing des Reins, le corps se divise en trois étages. Chacun reçoit une des trois étapes fondamentales de la transformation et de la réparation intérieures. Elle est symbolisée par une couleur, respectivement, le rouge, le blanc et le noir. Chaque étage est séparé par un des trois muscles horizontaux du corps. Il est considéré comme le creuset ou le chaudron qui reçoit les transformations.

Du périnée au diaphragme est le corps physique ou grossier. Il loge le jing qui détermine la forme corporelle (xing). Son zang maître est les Reins. Son œuvre correspondante est le noir. Son élément est l’Eau (shui). Le neidan n’est pas possible avec un jing trop faible, il faut d’abord le restaurer. Cette action va de pair avec le renforcement de dumai, renmai et chongmai. Ils naissent du périnée et maîtrisent tous les autres méridiens du corps. Si le corps physique est considéré comme le chaudron, le périnée est le fourneau, là où s’accumule le jing.

Du diaphragme aux cordes vocales est le corps d’Énergie ou subtil. Il loge le qi qui se répand dans tout le corps pour unir ses parties. Son zang maître est le Poumon. Son œuvre correspondante est le blanc. Son élément est le Vent (feng). Le qi est le point de convergence des univers extérieurs et intérieurs. Il monte, descend, sort et entre. À l’intersection de la ligne médiane et du 4e espace intercostal, son point correspondant est le Palais écarlate, danzhong 17RM. Comme nous le verrons ci-dessous, monter et descendre s’accordent avec l’organisation verticale du corps, entrer et sortir avec l’organisation frontale. Le qi est bien le lieu du centre, le carrefour où tous les opposés, Eau yin qui descend et Feu yang qui s’élève, s’unissent. Danzhong 17RM est le lieu de concentration du zongqi. On traduit zong par ancestral. Il prend aussi le sens de fondamental ou essentiel. Zongqi renforce le Poumon, le Souffle-qi donc et le Cœur, c'est-à-dire le Sang. Comme qi et Sang sont indissociables, qi et shen le sont aussi. Cette association confirme une phrase clé de la philosophie orientale : l’Énergie suit la pensée. Un qi fort entretient des pensées, c'est-à-dire un shen positif, créatif et solide. Inversement, un qi faible provoque des pensées négatives, répétitives, le shen devient vulnérable

Des cordes vocales jusqu’au sommet du crâne, à la tête donc, est le corps d’Esprit. Il loge le shen qui chapeaute toutes les fonctions organiques, énergétiques et psychiques. Son zang maître est le Cœur. Son œuvre correspondante est le rouge. Son élément est le Feu (huo).

Il n’est pas indispensable qu’un zang soit logé dans l’étage qui lui correspond anatomiquement. Nous naviguons ici dans le plan subtil où le symbole et l’Énergie qui unissent prédominent sur la matière qui divise. D’ailleurs, bien que le qi du Poumon soit logé dans l’étage thoracique, il manifeste ses actions dans les deux étages sous-diaphragmatique et céphalique.

Les trois étages et les trois champs de cinabre (dantian) sont unis par une évidente correspondance. Leur organisation est verticale.

Le champ de cinabre inférieur (xiadantian) correspond à la zone ombilico-sous-ombilicale et aux Reins. Derrière, la zone lombaire lui appartient. Il s’agit du Réchauffeur inférieur (xiajiao). L’Océan du Souffle ou Mer de l’Énergie, le point qihai 6RM à 2 travers de doigts sous le nombril est la source et le dépôt du qi.

Le champ de cinabre moyen (zhongdantian) correspond à la zone thoracique et au Poumon. Il s’agit du Réchauffeur supérieur (shangjiao).

Le champ de cinabre supérieur (shangdantian) correspond à la tête et au Cœur.

Bien qu’elle appartienne au corps physique, la zone comprise entre l’ombilic et le diaphragme, au Réchauffeur moyen (zhongjiao), ne répond pas à un dantian. Elle loge la Rate et l’Estomac, la source de production acquise du qi et du Sang. Ils vont nourrir tout le corps, notamment les zang participant à l’œuvre alchimique.

Signalons que les trois catégories principales d’exercices s’agréent avec les sanbao. Les exercices mentaux et la méditation sont pour le shen, les techniques énergétiques internes et respiratoires pour le qi, l’alimentation et les exercices sexuels pour le jing.

Étudions maintenant comment les dantian s’accordent avec l’organisation frontale, de la périphérie à la profondeur, des quatre plans à transformer. Afin de ne pas surcharger le travail, nous les considérons comme connus. Le rapport du Sang et de l’Énergie, le qixue, est en périphérie. Elle est accessible à l’examen du praticien par la palpation du pouls et l’inspection de la langue. Par ce rapport, le praticien « entre » dans le corps du patient pour déterminer son déséquilibre énergétique. Qi et xue sont à la base du diagnostic et du traitement par la différenciation des syndromes (bianzhenglunzhi). Dans un plan plus profond, nous retrouvons les Cinq Émotions (wuzhi) et les Sept Sentiments (qiqing) que nous résumons en Émotions-Sentiments (qingzhi). Ils se manifestent à travers le déséquilibre du qixue. Encore plus profondément sont les Esprits viscéraux (zangshen). En dernier ressort, nous retrouvons les fantômes, spectres, démons ou revenants (gui). Ils sont la plus petite unité de conscience capable d’exprimer une réaction énergétique, qu’elle soit ou non psychique. En principe, il s’agit d’un xieqi pathologique. L’élimination d’un gui retenti sur toute la série des plans qui se manifestent jusqu’à la périphérie : les zangshen, les qingzhi et le qixue. À travers le qixue, l’élimination des gui est donc accessible à l’examen pratiqué par un praticien. Cette action est à la base de la restauration du zhengqi. Elle est le principe même de la transformation du corps par l’esprit et du retour à l’état originel, le fondement de l’alchimie interne. Pour aboutir à cette élimination-transformation dont nous verrons les détails plus bas, il faut une conscience située au-delà de tous ces plans.

Tous les plans décrits sont inclus dans l’espace-temps. Ils ont une forme qui se transforme temporellement. Ils appartiennent donc au Ciel postérieur (houtian). Peu importe que les zangshen et les gui aient ou non existés avant la naissance voire la conception. Cette question est inutile. L’œuvre alchimique se réalise ici et maintenant, dans l’unique présent de ce corps-ci et cette vie-ci. On ne sort pas de ce cadre. Il est le seul, nous disons bien le seul capable de réduire l’influence des hun qui nous ramènent constamment vers un passé inexistant et des po où se manifestent, à travers les sensations, les déséquilibres. Le passé notamment est construit d’une manière imaginaire, illusoire, avec les gui même que nous cherchons à éliminer. Aucune référence au passé ne peut éliminer une instance qui sert à élaborer celle-là. Cette position est absurde.

Le seul temps à considérer est le présent. Il domine les quatre plans horizontaux du qixue, des qingzhi, des zangshen et des gui. La conscience du présent que nous investissons dans l’œuvre alchimique est assimilée à la vacuité créatrice du Ciel antérieur (xiantian). L’espace et le temps y sont dissous. Nous avons posé que cette conscience n’est pas le Ciel antérieur (xiantian) ou pas encore ! Elle est son représentant dans le monde incarné. Dès que le Ciel antérieur (xiantian) s’incarne dans une forme corporelle, dès que le Ciel postérieur (houtian) se constitue donc, la vacuité créatrice se divise. Innée, sa partie lumineuse se loge dans le Cœur. Elle est le yuanshen, immobile Feu empereur (junhuo) qui reçoit les ordres du Ciel. Acquise, sa partie calorifique se loge dans le jing des Reins. Elle devient le mingmen, actif Feu ministre (xianghuo). Il agit, c’est la volonté-réalisation (zhi), les ordres de l’empereur. Le mingmen est aussi le véritable Feu (zhenhuo) qui réchauffe l’organisme. Le Feu ministre (xianghuo) est une partie du Feu empereur (junhuo). Cette affirmation n’est pas anodine. La lumière innée du Feu empereur (junhuo) peut restaurer le jing dont on sait qu’il diminue inexorablement de la naissance à la mort. Elle permet donc d’accéder à la santé et la longévité en retardant l’échéance de notre fin. Une autre particularité intéresse la finalité du travail alchimique. L’incarnation dans le Ciel postérieur (houtian) sépare le jing qui réchauffe en bas, du shen qui éclaire en haut. La fin du travail alchimique devient la réunion du jing et du shen en une seule source originelle, celle du yuanshen du Ciel antérieur (xiantian). Cette union est équivalente à la montée de l’Eau par les Reins et la descente du Feu par le Cœur. Ainsi, le Feu s’enracine dans l’Eau et celle-ci dans le Feu. Il faut savoir que, si dans le Ciel postérieur (houtian) des wuxing, l’Eau contrôle, éteint le Feu ; dans le Ciel antérieur (xiantian), l’Eau engendre le Feu. C’est l’union du jing-Eau des Reins avec le shen-Feu du Cœur en leur unique source originelle dont nous reparlerons plus bas.

Venons-en aux descriptions du Grand Œuvre, l’Opus Magnum des alchimistes médiévaux. Bien qu’elles empruntent un vocabulaire différent, en pratique, elles sont analogues au neidan des taoïstes.

Les deux dantian extrêmes, du bas (xia) et du haut (shang), sont sous la dépendance du jing des Reins et du shen du Cœur. Ils sont les endroits où la composante active, transformatrice de neidan, se réalise. Au dantian moyen (zhong), le qi ou Souffle du Poumon met en contact toutes les instances qui vont concourir à cette transformation. À l’expiration, le qi permet au jing des Reins d’œuvrer ; à l’inspiration, le shen du Cœur. Le mouvement du Poumon est l’œuvre au blanc ; l’action des Reins, l’œuvre au noir ; celle du Cœur, l’œuvre au rouge.

L’abaissement du qi sous le nombril est la première action du travail alchimique. Que veut-elle dire si le qi se répand de toutes manières dans toutes les parties du corps ? Il s’agit ici d’un abaissement réalisé lors d’un travail spécifique où la conscience attentionnée au présent, au souffle notamment, intériorisée donc, s’abaisse en même temps que le qi. Cette action ne s’effectue pas dans la vie courante où la pensée est constamment tournée vers l’extérieur. En s’abaissant ainsi, le Souffle amène avec lui le contenu de la conscience dans le xiadantian, dans les Reins ou entre les Reins, qu’importe. Dans l’œuvre au noir des Reins s’effectue le mélange, l’unification et la transformation des différentes composantes de l’être : le shen, le qi et le jing déjà présent. L’œuvre au noir fait référence à la plongée dans les forces cachées, refoulées, obscures de notre être qu’il va falloir mettre à jour. Rappelons-nous que dans les Reins se logent la fraction du yuanshen qui réchauffe. Symboliquement, il s’agit d’une cuisson alchimique. Elle va permettre l’extraction des gui, fondements de notre engagement dans la vie acquise et de notre souffrance. C’est alors qu’ayant extrait le xieqi des gui, le zhengqi se renforce. Cette étape est qualifiée par les taoïstes de transformation du jing en qi. Il s’agit du jingyin du Ciel postérieur (houtian). Au lieu d’affaiblir le jing dans la surconsommation du qi par les cinq excès influencés par les gui, celui-là est renforcé par l’œuvre au noir. Il peut alors se transformer d’une manière durable et harmonieuse en qi et raffermir le shen. Toutefois, on peut affirmer que si le raffermissement préalable du shen permet l’engagement dans neidan ou l’inverse, le travail acquis de neidan renforce le shen. Il y a une interaction réciproque entre ces deux réalités. Savoir qui a commencé, c'est-à-dire imaginer accéder à l’un à partir du deux est illusoire et inutile dans l’engagement du travail.

Extraire les gui retenti aussi sur les plans plus périphériques qui en dépendent : zangshen, qingzhi et qixue. Abaissement du qi par le Souffle du Poumon et transformation-extraction des gui par la cuisson des Reins, dans l’Eau, concourent à la montée du pur (qing) dans les Orifices supérieurs (shangqiao). Il en résulte une « ouverture des Orifices ». L’expression est concomitante d’une vision pénétrante, purifiée, élargie, subtile de soi et des autres, des mondes intérieurs et extérieurs. Cette vision est unifiée et globalisante. Symbolisée par l’œuvre au blanc, couleur de la pureté, elle perçoit le lien commun, le sens, là où les autres voient le différent, l’absence de relation. Pour les taoïstes, c’est la deuxième étape de neidan, la transformation du qi en shen. Il s’agit ici de l’amélioration du rapport que le zangshen entretient avec le yuanshen. Rappelons que le zangshen est l’Esprit viscéral thésaurisé dans les zang et inclus dans le Ciel postérieur (houtian). Il est associé aux trois paradigmes de base de la pensée chinoise : le qi, la dualité du yin-yang et les Cinq Mouvements (wuxing). Insistons pour dire qu’on n’améliore pas le yuanshen, il est vacuité. On n’améliore seulement le rapport que le zangshen entretient avec celle-ci. C’est dire que dans l’œuvre du neidan, nous restons fermement établis dans notre monde. Dans ce corps-ci et cette vie-ci, nous entretenons un lien entre le mouvement du zangshen et l’immobilité du yuanshen. Neidan est uniquement ceci ! Nous ne créons rien, nous ne transformons rien. Nous produisons un lien : le yuanshen uniquement fait tout le reste.

Il faut bien comprendre que la vision pénétrante ne dépend pas d’une compréhension issue de l’activité mentale, psychique, du zangshen autonome. Justifié par lui-même, il est plafonné par la dualité du mental pensant informé par les cinq sens. Leur étendue est bornée, perturbée par la présence des gui. Ils réduisent le discernement, la capacité à unifier et globaliser. Sans passer par l’activité sensorielle, au-delà de la dualité et du voile représenté par les gui, la vision pénétrante puise directement dans le yuanshen. C’est une façon de dire que l’amélioration du shen est celle de la relation que le zangshen entretient avec le yuanshen. Omniprésent, omniscient et omnipotent, l’entendement qu’il révèle est sans commune mesure avec le produit plus limité de la fonction psychique. Les taoïstes enseignent que la connaissance provient du vide, c’est exactement ce dont il s’agit.

Maintenant que les gui ont été extraits de la chair, des zangshen, des qingzhi ou du qixue, ce qui revient au même, ils doivent être éliminés. Le qi du Poumon ascensionne alors le produit de la transformation dans le Cœur où se trouve la fraction lumineuse du Ciel antérieur (xiantian) : le yuanshen. Il est symbolisé par le Feu spirituel qui détruit pour faire renaître. Sa lumière est originelle, innée, incréée, vide de tout temps et de tout espace. C’est dire qu’aucune forme ne lui résiste, a fortiori pas la forme des gui. Là donc, dans ce que les taoïstes appellent la chambre vide, c'est-à-dire le Cœur où apparaît la lumière incréée du yuanshen, les gui sont visualisés et de facto, éliminés. La visualisation est éphémère, elle dure quelques secondes ; l’élimination immédiate. Les gui sont en effet, reconnus comme tiers, autres, n’appartenant plus à soi. Seule la puissance absolue du vide, qui est lumière incréée, permet cette vision-élimination. Elle se réalise dans le shangdantian, à la tête. Plus spécifiquement, se produit-elle dans l’espace situé entre les deux yeux. Il correspond au point yintang et répond au niwan, balle ou boule molle, le centre du cerveau (nao). Il dépend du jing comme les os (gu) et la moelle (sui). Anatomiquement, shangdantian se projette sur l’axe hypothalamo-hypophysaire qui contrôle tout l’équilibre hormonal du corps. Les alchimistes ont nommé cet espace le « troisième œil ». Il fait suite à ce que nous avons appelés le « premier œil », l’œil sensoriel, et le « deuxième œil », l’œil du mingmen. Ce dernier contient l’histoire de notre lignée familiale et ancestrale. Elle pérennise tous les conditionnements passés qui perturbent notre rapport à la vie. Ils se transmettent de génération en génération sous la forme des gui. Le mingmen se présente comme un véritable œil, énergétique évidemment. Nous pouvons le visualiser au cours du travail alchimique pour réaliser encore que nous lui faisions face dans la période fœtale. Quand dans le regard d’un sujet et à n’importe quel âge, des gui apparaissent, nous savons qu’ils constituent son « deuxième œil ». Nous savons aussi, que dans sa période fœtale, le regard sensoriel du sujet leur faisait face. Nous pensons que l’ultime réalisation de neidan, la transformation du shen en xu, se réalise au niveau de l’épiphyse située dans la partie la plus haute du cerveau. Elle est la glande du yuanshen, la représentante du Ciel antérieur (xiantian) dans le monde incarné. L’ouverture de l’épiphyse permet à la lumière innée de se répandre dans tout le corps pour faire de nous des êtres immortels.

Puisque le Feu empereur (junhuo) est une partie du Feu ministre (xianghuo) du mingmen, le yuanshen est une partie du jing. Conséquemment, la concentration sur le point yintang, là où la lumière du yuanshen apparaît, renforce le jing. Elle consolide tout le processus alchimique. Un travail énergétique interne prend pour support le Souffle-qi. Rappelons qu’il suit le zangshen du Ciel postérieur (houtian) constamment lié à la dualité du yin-yang, son alternance. Un qi constamment renforcé va certes faire de même avec le zangshen. Toutefois, dépendant de la dualité du yin-yang, il n’empêchera pas les conditionnements passés de resurgir, prendre le dessus et affaiblir l’ensemble si cela devait l’être. Pour continuer de faire croître le qi et renforcer le zangshen, la conscience doit changer de point d’attention. Elle doit se porter vers le yuanshen du Ciel antérieur (xiantian). Hors dualité, hors conditionnements donc, il ne peut que faire croître le qi et renforcer le shen qui l’accompagne. C’est le sens de l’attention au présent dans l’espace situé entre les deux yeux au point yintang.

Nul doute que le travail alchimique équilibre la conscience et le corps. L’influence néfaste de la mémoire et des comportements répétitifs passés, sources de souffrance, est annulée. Des qualités considérées comme supérieures sont développées : amour, compassion, miséricorde, altruisme, générosité… Dans ce cas, shen, hun et po sont rassemblés et unifiés par la force du jing. D’une part, le ou les hun sont reliés au shen, ce qui favorise le filtrage des informations, la perception subtile, la compréhension profonde. D’autre part, le po entre dans le jing, ce qui apaise les qingzhi, calme les désirs et dompte les pulsions. Plus profondément, en contact avec sa source originelle, le yuanshen, la conscience se met en relation avec les forces de l’univers. Elle agit selon ses lois propres, se laisse guider par elles, dans l’équilibre de ce que les taoïstes nomment dao, la voie.

La cuisson-extraction et la visualisation-mort des gui n’est pas concomitante ou pas forcément. Il est difficile de répondre exactement à cette question. Il semble que la réactivation d’une souffrance lors d’un travail intérieur soit due au temps qui s’écoule entre l’extraction des gui et leur mort définitive. Dans cet intervalle crucial qui peut durer quelques semaines à années, il ne faut pas relâcher l’effort du travail.

L’élimination des gui est la seule et vraie mort définitive, la mort dite symbolique à soi. Elle est l’aboutissement ultime de toutes les traditions intérieures de l’histoire de l’humanité : l’œuvre au rouge. Elle est rouge comme le sang, le qixue plus spécifiquement, support de toutes ces transformations. Il s’agit de la dernière étape neidan : le shen, le zangshen, plus particulièrement, est transformé en xu, la vacuité qui est le yuanshen : c’est le retour au dao. Ici, la lumière innée se répand dans tout le corps, toutes les cellules, toutes les molécules. Pour reprendre une expression scientifique moderne, dans tous les brins d’ADN et d’ARN. L’adepte devient un immortel céleste. Ses pensées conceptuelles sont éteintes. Il a une connaissance spontanée, instantanée, immédiate des réalités des autres et du monde. Non plus alimenté par la lumière solaire extérieure et la lumière mentale métaphorique ou symbolique, mais par la lumière intérieure, son corps ne subit plus la corruption du temps. Dans ce cas, le shen lumineux du Cœur-Feu et le jing calorifique des Reins-Eau ne sont plus dissociés. Hun et po sont dissous avec leurs gui. Grâce aux qi, shen et jing, Feu et Eau sont réunis, unifiés en une même source innée. Elle est le yuanshen même. Historiquement, 8 immortels taoïstes ont atteint cet état. Nous ne savons pas s’il s’agit d’un nombre réel ou symbolique. En effet, dans les traditions anciennes, le nombre 8 symbolise l’éternité. Il existe des correspondances ésotériques pour le comprendre. Elles sortent du cadre de ce travail. Chers lecteurs, j’ose à peine vous dire que nous avons tous ratés cette unification.

La dernière étape n’est plus entièrement accessible à notre humanité actuelle constamment tournée vers l’apparence de la matière. Ou alors, les quelques rares personnes qui y parviennent ne font pas partie du monde tout en y étant ! Au plus, pouvons-nous vivre des moments, des intervalles d’expérience directe de la contemplation du yuanshen, après de longues périodes de cessation des pensées. Mais nous sommes ensuite ramenés à la réalité de notre incarnation.

Nous constatons que les trois corps, dantian, couleurs symboliques et sanbao coopèrent à la réalisation de l’œuvre alchimique. Pour cette raison, nous avons qualifié le corps de la plus sublime forme de l’univers dont toutes les fonctions sont orientées vers la transformation de la conscience et le retour à l’état originel. Dans la chaîne de transmission des perturbations jusqu’au qixue, quand les gui s’éliminent, l’ensemble des étapes ultérieures s’en ressentent. Les processus verticaux des trois dantian et frontaux des quatre plans s’emboitent parfaitement.

Aussi bien construites et cohérentes qu’elles soient, il faut bien comprendre que ces descriptions sont théoriques. Une description élaborée en quelques pages est réalisée sur plusieurs décennies dans la vie intérieure. Et encore, ne sommes-nous pas certains d’y arriver. Il faut 100 ans pour faire un homme enseignent les taoïstes !

Disons quelques mots sur les animaux symboliques de l’Opus Magnum des alchimistes occidentaux. L’œuvre au noir est symbolisée par le corbeau. Il mange les cadavres, symboles de notre plongée dans les forces obscures de notre conscience, de leur transformation-mort. Il faut comprendre cette nécrophagie sur le plan subtil. L’œuvre au blanc est symbolisée par l’aigle. Sa vision lointaine et pénétrante signifie la montée du pur (qing), l’ouverture des Orifices supérieurs (shangqiao), l’éclat de l’œil (jingming), la clarté de l’Esprit (shenming). L’œuvre au rouge est symbolisée par la salamandre. Elle ne meurt pas dans le feu. La salamandre est brûlée par ce feu spirituel du yuanshen pour y être transformée et revivifiée.

L’ensemble des descriptions ne nous éloignent pas de la « voie du retour » car nous retrouvons toutes les étapes concentrées dans l’état fœtal. Si le corps est le microcosme de l’univers qui est le macrocosme, l’état fœtal en est le nanocosme. Ayant obtenus le vide, des parents taoïstes peuvent donner naissance à un bébé qui a intégré la vacuité dès la naissance. Les maîtres chinois ont donné quelques conseils à suivre pendant la grossesse pour diminuer l’influence néfaste de la perturbation des gui du « deuxième œil ». Leurs conseils sont camouflés par des phrases générales. Elles emploient des termes simples. Leur subtile compréhension peut donner lieu à des réactions mentales et émotionnelles démesurées au sein d’une civilisation tournée uniquement vers l’extérieur. Elle n’est pas prête pour les entendre. Il appartient à chacun de les expérimenter et les comprendre lors de son propre cheminement intérieur.

Pour conclure, nous pouvons faire les liens suivants :

- Qi, yin-yang, wuxing, zangshen, gui, Feu ministre (xianghuo), mingmen, jing, lumière solaire et mentale font partie du mouvement du Ciel postérieur (houtian) de la forme (youxing) et du temps.

- Yuanshen, xu, dao, Feu empereur (junhuo), lumière innée ou incréée, immobilité de l’Esprit, dissolution de la forme (wuxing) et du temps font partie du Ciel antérieur (xiantian).

Dans le quatrième article, nous verrons comment la lumière détermine le temps et les différentes étapes de neidan.

 

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