À propos du ciel antérieur (xian tian 先天) et du ciel postérieur (hou tian 后天) – Partie 11
Dans Théories fondamentalesDifférences complémentaires des physiologies de la Médecine chinoise (zhongyi) et de l’Alchimie interne (neidan)
Introduction
Déjà le titre de cet opus 11 prête à étonnement.
Le terme physiologie alchimique n’existe pas stricto sensu. Il est conçu pour s’adapter à un langage compréhensible par les lecteurs occidentaux, loin des concepts et métaphores parfois énigmatiques du vocabulaire chinois. D’ailleurs, tous nos opus ont adopté cette orientation grammaticale.
En langage profane, plafonné par la dualité de ses représentations, les extrêmes sont dissemblables. La différence n’est pas complémentaire, le complément n’est pas différent. Cependant, en pensée chinoise, sommes-nous habitués à jongler avec les contraires. Ils se jouent de nos conditionnements mentaux entraînés à spéculer sur ce qui est vrai ou faux, tandis que le taoïsme nous enseigne que tout l’est en même temps : vrai à un niveau, faux à une autre. En bien, si nous ne savons rien de notre commencement et de notre fin, de nos extrêmes donc, comment le milieu, l’intervalle de la vie, ses certitudes, ne serait-il pas entaché d’erreurs ?
Les taoïstes ont ce don de nous déstabiliser avec des raisonnements simples, si simples d’ailleurs, qu’ils court-circuitent la complexité de nos élaborations cognitives. L’étonnement, la stupéfaction, la déstabilisation sont des jaillissements de surcharge émotionnelle prompts à obérer la parole. Avez-vous dit stagnation du qi du Foie ? Personne ne l’évite comme personne ne lévite d’ailleurs. Et comment le pourrions-nous avec un yinshen qui ne nous sépare pas forcément du monde, même après notre mort physique ?
Par exemple, simple exemple devrait-on dire, pas besoin de discours fumeux, de plaidoyer éthique et bienveillant pour justifier d’écouter l’autre. L’homme a deux oreilles et une bouche. Il a donc deux fois plus de raison de se taire pour écouter que de parler.
Si le profane dit « je pense donc je suis », le sacré vivra que sa chute est celle d’un autre soi dont lui-même reste en retrait. Seul le contenu de la chute, chute ! Selon les écrits, soi peut être remplacé par moi ou je, le mot est sans importance devant l’idée qu’il propose.
L’inséparabilité
Pour comprendre l’inséparabilité de la médecine et de l’alchimie, il faut dire quelques mots sur l’Enveloppe du Cœur (xinbao) et le Cœur. Selon le Lingshu, 2, l’Enveloppe du Cœur (xinbao) protège le Cœur en recevant les perturbations à sa place. L’Empereur (jun), ne peut être atteint par la maladie, ce serait gravissime. Il ne s’agit donc pas d’une enveloppe physique telle que le péricarde, mais d’une enveloppe énergétique à la chinoise - ! - , c’est-à-dire qu’elle inclut tous les processus psychiques.
Autrement dit, l’Enveloppe du Cœur (xinbao) a à voir avec l’Esprit de Connaissance (shishen), des Désirs (yushen) et le Feu ministre (xianghuo). Existants dans le seul intervalle de la vie, ils sont engagés dans la dualité de leurs manifestations, celle du yin-yang. Nous les nommerons Esprit (shen) duel. Ils sont cet « autre en soi » qui n’est pas soi, sous-entendu le soi intime, celui du xing [Nature profonde] logé dans le Cœur.
Quand le sujet est identifié à ses symptômes, à sa maladie, qu’il vit comme un inamovible soi, l’Enveloppe du Cœur (xinbao) et le Cœur sont fusionnés.
Notons le rapport de cette fusion, la séparation sous-jacente donc et cependant voilée, puisque les contraires se rejoignent, à l’imaginaire de l’Âme céleste (hun). Elle assure le filtrage des informations extérieures, le discernement nécessaire à la distance vis-à-vis de l’agitation toxique et stérile du monde. L’Enveloppe du Cœur (xinbao) et le Foie ne sont-ils pas associés dans le jueyin ? Conséquence de la distance, la fonction de Fermeture (hé) empêche l’accablement du corps par les influences négatives des Émotions-Sentiments (qingzhi) et leurs conséquences pathologiques sur les Viscères (zang).
Sur la Voie du Retour (guilu) tout cheminant va tomber un jour, c’est inévitable ! Et il va falloir s’aider de soins médicaux. La chute est difficile, traumatisante même pour l’adepte encore borné par l’imaginaire de son Âme céleste (hun). Celui-ci craint la souffrance, souhaite le bonheur et attend une solution médicale qui, s’il est conscient de ses limites, ne doit pas hésiter à chercher par ailleurs.
La chute est sans importance, dérisoire, insignifiante répondrai un sage taoïste. À quel déconditionnement psychique faisons-nous face, là ? Sur le plan médical, la souffrance est un déplacement, un xieqi [Énergie perverse] qu’il faut corriger. Cependant, le sujet souffrant reste le sujet souffrant. Aucune Transformation (hua) intérieure, profonde s’entend, n’intervient à son niveau. Ici, l’Esprit duel n’est pas encore reconnu comme un autre soi, cet « autre en soi » qui n’est pas soi. Celui-là est un biao [Cîme] par rapport au soi profond, intime, le ben [Fondement] identifié au xing [Nature profonde].
Sur le plan alchimique, la souffrance n’est pas le cheminant. Il prend conscience que son seul soi inamovible, immobile et intrinsèque est le Feu empereur (junhuo) contenu dans le Cœur. Une séparation est alors engagée entre l’Enveloppe du Cœur (xinbao) et son Viscère (zang). Un déplacement s’opère du mouvement de l’Esprit duel vers l’immobilité non-duelle du Feu empereur (junhuo). Au début, la puissance de l’Esprit originel (yuanshen) qui opère dans – ou avec ou par, le mot est secondaire - le Feu empereur (junhuo) permet de réaliser quelques Transformations (hua). Le glissement de l’intervention médicale vers celle de l’Esprit (shen) se fait lentement et progressivement tout au long de la vie. Sans doute, dans le contexte actuel de la chute de l’humanité, reste-t-elle partielle et incomplète comme nous le sommes tous, nous autres humains.
On voit que la différence est de taille. L’intervention médicale a toujours besoin d’un autre extérieur, le praticien. Elle est donc constamment incluse dans la relation duelle externe, inter-humaine. La relation alchimique se réalise de soi vers soi, d’un soi duel, l’« autre en soi », vers l’unique soi non-duel du Feu empereur (junhuo). Ici, la relation est toujours interne, intra-humaine.
Une autre manière de le dire est que la Médecine chinoise (zhongyi) nous maintient constamment dans la dualité du Ciel postérieur (houtian), l’unique intervalle où elle agit. L’Alchimie interne (neidan) amorce un passage du Ciel postérieur (houtian) vers la non-dualité du Ciel antérieur (xiantian). Et ce passage ne peut être construit/déconstruit que par une conscience, un Esprit (shen). Sa finalité est l’intégration définitive de la Vacuité (xu) de l’Esprit originel (yuanshen) manifesté dans le Ciel antérieur (xiantian).
Que serait donc une sublimation si n’était-elle pas le passage d’un état duel vers un autre non-duel ?
Comme l’Alchimie interne (neidan) sublime la Médecine chinoise (zhongyi), celle-ci reste l’indispensable secours qui permet de persévérer dans la Voie du Retour (guilu) de celle-là en soutenant le qixue [Sang-Énergie], c'est-à-dire le Corps (shenti) et l’Esprit (shen).
Les « deux Feux (huo) » et les « deux Esprits (shen) »
Nous considérons ici quatre aspects de ce qu’on pourrait appeler le psychisme chinois. Là encore, il faut mesurer l’expression, choisie uniquement pour une raison pédagogique adaptée à la compréhension occidentale. Le Feu empereur (junhuo), l’Esprit de Connaissance (shishen), le Feu ministre (xianghuo) et l’Esprit des Désirs (yushen) se partagent un savoir sur les fonctions psychiques. Logés dans le Cœur, les deux premiers sont plus yang et associés au Sang, que les deux suivants, logés dans les Reins, plus yin donc et associés au qi.
En agissant sur le yin-yang et le qixue [Sang-Énergie], la Médecine chinoise (zhongyi) traite les déséquilibres de ces quatre aspects psychiques. Cependant, stricto sensu, elle n’agit pas sur le Feu empereur (junhuo), le 1er Feu. Hors dualité, il reste immobile et invariable. Il témoigne de l’Esprit originel (yuanshen) et lui-même, de la Vacuité (xu) dans l’intervalle de la vie incarnée. L’intervention médicale agit sur l’Enveloppe du Cœur (xinbao). Il va sans dire que nous la considérons comme cet « autre en soi ». Elle protège le Cœur des perturbations qui l’attaquent puisque l’Empereur (jun) ne peut être atteint par la maladie. Cette Enveloppe (bao) fait partie du 2e Feu, le Feu ministre (xianghuo) justement qui inclut les autres Esprits (shen) et un ensemble d’Organes (zangfu). On voit comment toutes ces descriptions sont interdépendantes.
Venons-en maintenant au cheminement de l’Alchimie interne (neidan). L’Esprit de Connaissance (shishen) est associé au Feu empereur (junhuo) et l’Esprit des Désirs (yushen), au Feu ministre (xianghuo). Celui-ci agit, dans le Réchauffeur inférieur (xiajiao), les ordres du Feu empereur (junhuo). Si on considère qu’il est le maître d’œuvre de toutes les fonctions du Corps (shenti), il gouverne les trois autres aspects du psychisme chinois.
Le travail alchimique d’intégration de la Vacuité (xu) en sa dernière étape, va avoir pour finalité de dissoudre toute structure qui n’appartient pas au 1er Feu. Immobile et invariable, il n’a aucun contenu sur lequel intervenir. Ce cheminement interne intervient donc sur l’Enveloppe du Cœur (xinbao) et toutes ses dépendances contenues dans le 2e Feu. Il ne s’agit pas là d’arrangement énergétique pour rendre un état de santé qui nous maintient in fine dans la dualité. Il s’agit de la dissolution de toute instance duelle, cet « autre en soi », hors l’unique non-dualité du Feu empereur (junhuo) sur laquelle il n’y a aucune action à pourvoir.
La différence est de taille !
Cette différence doit nous rendre circonspects sur les termes que nous employons en Médecine chinoise (zhongyi). Quand nous évoquons la faiblesse, le retour, le calme, nous rajoutons le refus de l’Esprit (shen), nous parlons, peut-être sans le savoir - ? - de l’Enveloppe du Cœur (bao), pas du Viscère (zang) du Cœur lieu de l'Empereur (jun).
Les Cinq Mouvements (wuxing) et les trois étapes de l’Alchimie interne (neidan)
En Médecine chinoise (zhongyi), les Cinq Mouvements (wuxing) sont étudiés pour être rattachés à un parcours médical, du diagnostic au traitement. Puisqu’ils sont une connaissance extérieure au praticien, ils stimulent l’Esprit de Connaissance (shishen). Ils conservent le thérapeute et maintiennent le patient dans la dualité du Ciel postérieur (houtian). Nous avons aussi constaté cette fermentation intellectuelle chez les adeptes des techniques énergétiques externes telles que le qigong et le taijiquan. Elles sont construites autour du renforcement du qixue [Sang-Énergie] de tel ou tel Organe (zangfu) selon la nature des exercices proposés, la saison, le moment de la journée et le terrain énergétique du pratiquant. Ainsi, se basent-elles sur la description des Cinq Mouvements (wuxing).
En Alchimie interne (neidan), ils sont certes d’abord étudiés.
Ensuite, ils seront intégrés puisqu’ils servent de support à la connaissance, intérieure cette fois-ci, du cheminant. C’est-à-dire qu’il dépassera le cadre extérieur intellectuel de l’Esprit de Connaissance (shishen) pour s’intérioriser dans le fonctionnement des Cinq Mouvements (wuxing). Il intègre donc la relation consciente du microcosme corporel avec le macrocosme universel dans le cadre d’exercices appropriés. De surcroit, comme le disent les taoïstes, la connaissance extérieure passe par le filtre de la connaissance intérieure. Par analogie au mouvement d’intériorisation yin de yang de l’automne, nous avons déjà écrit que le canal qui permet de passer de l’extérieur vers l’intérieur est le Souffle (qi). On retrouve ici, la fonction d’Ouverture (kai) du taiyin. Elle se déploie à l’extérieur puisque le Poumon est le toit des Cinq Viscères (zang) et à l’intérieur. Sur le plan médical, ce mouvement intérieur est en relation avec la fonction ; d’une part, de Transformation-Transport (yunhua) et ascension du Pur (qing) dans les Orifices supérieur (shangqiao) par la Rate ; d’autre part, de stockage, mobilisation et clarification du qi du Poumon. Sur le plan alchimique, lors d’un travail sur soi, se déploiement est manifesté par l’abaissement conscient du Souffle (qi) sous le nombril.
Le Poumon est le seul Viscère (zang) qui initialise un nettoyage profond, définitif des Âmes terrestres (po) par abaissement du Souffle (qi) sous le nombril, jusque dans l’Essence (jing) des Reins. Rien d’étonnant que le nombre symbolique du Poumon, les Orifices supérieurs (shangqiao) dits du Pur (qing) et les Âmes terrestres (po) soient associés au même nombre 7.
Enfin, seront-ils dissous dans la Vacuité (xu).
On constate-là, trois étapes : étude, intégration, dissolution. Les deux premières corroborent celles des deux premières étapes de l’Alchimie interne (neidan) : la Transformation (hua) de l’Essence (jing) en Énergie (qi), puis, de celle-ci en Esprit (shen). Bien que l’adepte entame un travail de connexion du Ciel postérieur (houtian) avec le Ciel antérieur (xiantian), il est encore dans la dualité de celui-là. La troisième étape de cette relation est une dissolution. Elle intéresse aussi bien les Cinq Mouvements (wuxing), c'est-à-dire l’Esprit duel, que la Transformation (hua) de l’Esprit (shen) en Vacuité (xu). L’Esprit (shen) est devenu non-duel.
Dans un opus précédent, nous avons repris les concordances entre les trois étapes de l’Alchimie interne (neidan) taoïste et celles de l’Opus Magnum, le Grand Œuvre des alchimistes médiévaux. L’œuvre au noir de cuisson-mélange-séparation est relative à la Transformation (hua) de l’Essence (jing) en Énergie (qi) ; l’œuvre au blanc de vision pénétrante, à la Transformation (hua) de l’Énergie (qi) en Esprit (shen) ; l’œuvre au rouge de visualisation-mort, à la Transformation (hua) de l’Esprit (shen) en Vacuité (xu).
Les Fantômes (gui)
Dans les paragraphes ci-dessus, nous avons parlé du Sang-Énergie (qixue), des Cinq Mouvements (wuxing) et des Émotions-Sentiments (qingzhi). Nous pouvons maintenant rajouter les Cinq Esprits viscéraux (wushenzang) et leur corollaire, les Démons ou Fantômes (gui).
Quand nous « sortons » de la non-dualité de la Vacuité (xu), que nous nous éloignons de l’Esprit originel (yuanshen), le premier état qui nous fait « rentrer » dans la vie pour constituer l’Esprit (shen) duel est les Fantômes (gui). C’est mal engagé depuis le départ et aucune forme de vie animale n’évite ce passage. Selon le Lingshu, 8, « rentrer » et « sortir » évoquent le lien que l’Essence (jing) entretient avec l’Âme terrestre (po) et par conséquent, les Fantômes (gui) qui appartiennent à celle-ci et à l’Âme céleste (hun). Les Esprits viscéraux (shenzang), Émotions-Sentiments (qingzhi), Sang-Énergie (qixue), Cinq Substances (wuqi), Trois Réchauffeurs (sanjiao), Organes (zangfu), Méridiens (jing), se constituent ensuite. Évidemment, il n’y a pas d’ensuite au sens successif où nous l'auditionnons actuellement. Il faut entendre ce mot par rapport à la pédagogie qu’il tente d’enseigner.
La Médecine chinoise (zhongyi) agit essentiellement sur cet « ensuite ». Elle offre peu d’action directe sur les Fantômes (gui), à part, pour l’acupuncture, quelques formules de points rarement utilisées et applicables chez très peu de patients. Nous retenons : les 13 points gui [Fantômes] de Bian Qiao, les Sept Dragons internes et les Cinq Dragons externes, les points Enracinement de l’Esprit (benshen) situés sur la chaîne externe du Méridien de la Vessie ainsi que quelques autres. Il n’est pas certain que leur efficacité soit définitive. Leur traitement demande donc à être répété.
À ce titre, des auteurs modernes ont voulu extruder la démonologie taoïste de la Médecine chinoise (zhongyi). Ils imaginent réaliser une catharsis qui purifie le contenu médical d’un ésotérisme arriéré pour lui donner des lettres de noblesse. Ils n’ont rien compris ! Les Fantômes (gui) sont partie prenante de tout mécanisme physiopathologique, même s’il ne se dit pas ainsi. On oublie que les taoïstes n’ont pas construit la physiologie médicale en sirotant un whisky et en croquant des chips devant le mont Kunlun. Ils ont régressé très profondément à l’intérieur d’eux-mêmes, jusqu’à leurs Fantômes (gui), jusqu’à les éliminer pour intégrer la Vacuité (xu). C’est ainsi qu’ils ont vécus et construits ces formidables enchaînements de rapports psychologiques et physiologiques qui animent les différentes structures du corps. Exclure les Fantômes (gui) d’un contenu pour se défendre d’en avoir ne les chasse pas.
Vus du Ciel antérieur (xiantian), les Fantômes (gui) sont le premier état de conscience extrait de la Vacuité (xu). Cependant, vus du Ciel postérieur (houtian) où nous cheminons vers le Ciel antérieur (xiantian), les Fantômes (gui) sont le dernier verrou à faire sauter avant l’intégration de la Vacuité (xu). La finalité de la Voie du Retour (guilu) en Alchimie interne (neidan) est l’élimination de ce dernier état de conscience qui nous a fait entrer dans la dualité de l’existence.
Point d’histoire familiale et ancestrale à considérer, même si nous les traversons. Ils n’ont aucune importance dans le travail alchimique. Le but de ce labeur est l’accès aux Fantômes (gui) pour les extruder. Tout le reste est inutile à considérer. Attention, le but n’est pas l’intégration de la Vacuité (xu). Le travail se fait uniquement sur les Fantômes (gui). La Vacuité (xu) arrive comme une conséquence inévitable de la fin de l’élimination de ceux-là. Des guérisons définitives sont alors possibles.
Les taoïstes insistent sur la descente consciente du Souffle (qi) dans les Reins pour connecter le Champ de Cinabre Moyen (zhongdantian) avec le Champ de Cinabre inférieur (xiadantian). La raison est pertinente. Sans rentrer dans les détails déjà décrits dans d’autres opus, à la naissance, les Fantômes (gui) vont se cacher avec la Force vitale (ming) dans les profondeurs du corps ; là où il va falloir les chercher avec le Souffle (qi).
Il n’y a pas eu d’intervention extérieure. Seul le travail régulier, assidu et continu de l’adepte qui va d’un soi extérieur, « l’autre en soi » entretenu par les Fantômes (gui), vers lui-même, sa Nature profonde (xing) est réalisé.
L’Alchimie interne (neidan) taoïste est bien la sublimation de la Médecine chinoise (zhongyi).
Le temps, l’espace et la lumière
En physique quantique cette trilogie est consubstantielle, Einstein ne nous contredirait pas. C’est extraordinaire de constater comment les procédures d’intégration de la vacuité, quelles qu’elles soient, reproduisent les fondements de la physique dite des particules.
Il n’y a pas de temps sans espace, sans forme qui évolue sous-entendu et sans lumière qui les éclaire. Autrement dit, la lumière est un espace-temps car sans une conscience pour visualiser, aucun espace-temps n’a de sens. On pourrait le résumer ainsi : l’espace sert de témoin visuel au temps.
L’espace-temps de notre univers est déterminé par les courses interdépendantes ; d’une part, de la terre, de la lune et du soleil ; d’autre part, de cet ensemble autour de la Voie lactée. Peut-être encore, la Voie lactée tourne-t-elle autour d'un ensemble plus vaste ? Ces mouvements assurent le fonctionnement de notre psycho-physiologie. Le soleil éclaire le monde dont nous percevons les formes avec lesquelles nous inter-agissons. Elles ne sont jamais fixes, immobiles, même si elles paraissent ainsi à notre regard apparent. Incluent dans la dualité du yin-yang, toutes se transforment continuellement : elles naissent, croissent, décroissent et meurent. Accepter cette réalité ne pose aucun problème à personne.
La Médecine chinoise (zhongyi) intervient au sein de cette trilogie. Elle n’a aucune prétention ni aucun pouvoir pour la changer.
Il en va autrement pour l’Alchimie interne (neidan).
Rappelons-nous la métaphore du sablier : le Souffle (qi) en dessous, et la parole, manifestation de la pensée, au-dessus, se positionnent de part et d’autre du goulot que sont les cordes vocales.
La parole est une forme ; son débit compréhensible, corollaire du temps de ce monde ; la lumière solaire, l’éclairage de cet ensemble. Nous sommes ici, dans un mouvement centrifuge de relation extérieure inter-humaine : du printemps-Foie yang de yin, vers l’été-Cœur yang de yang. Si nous disons relation Extérieure (biao), il existe corollairement une relation Intérieure (li). Elle est amorcée par le yin. Elle va de l’automne-Poumon-Souffle (qi) yin de yang, vers l’hiver-Reins-Essence (jing) yin de yin.
Toutefois, son temps n’est plus le même car le Souffle (qi) se meut moins vite que la pensée. On peut évidemment compter celui-là, mais pas celle-ci. Si le temps se ralenti, forcément l’espace visualisé n’est plus le même et la lumière qui éclaire ne peut plus être celle du soleil. L’espace visualisé l’est dans un intérieur qui échappe totalement à notre regard apparent. L’éclairage qui permet de voir dans son corps est encore intérieur. Nous l’avons évoqué sous l’appellation « troisième œil » ou « troisième regard ». Nous pouvons voir avec nos yeux grâce à la lumière extérieure du soleil car nous avons une lumière intérieure : il faut les deux. Celle-ci est innée, non-duelle, incréée, invariable ; celle-là acquise, duelle, créée, destinée à naître et mourir. Celle-ci est encore apparentée au Feu empereur (junhuo), celle-là à… tout le reste, c’est-à-dire le contenu du Feu ministre (xianghuo) véhiculé par l’Enveloppe du Cœur (xinbao). Restons prudent sur le terme « apparenté », il est utilisé faute de mieux.
La trilogie apparente pensée-parole-lumière solaire trouve son équivalent intérieur : Souffle (qi)-silence-lumière intérieure.
Quand on bascule de la pensée vers le Souffle (qi), alors on voit d’autres formes avec un autre éclairage. D’autres formes… celles des Fantômes (gui) par exemple ! Les voir est réaliser consciemment cet « autre en soi », ce qui les élimine instantanément. En alchimie occidentale, c’est l’œuvre au rouge, la dernière étape de la visualisation-mort. Il s’agit de la mort de l'« autre en soi » bien sûr, le contenu de l’Enveloppe du Cœur (xinbao), du 2e Feu.
Une nette frontière sépare les lieux d’intervention des mondes médicaux et alchimiques, et pourtant, les deux sont indispensables à l’humain.
Revenons à la physiologie des Viscères (zang)
Le Poumon
Nous avons déjà introduit le Poumon et l’Ouverture (kai) du taiyin. La Médecine chinoise (zhongyi) considère l’Ouverture (kai) physiologique, celle qui conduit à la purification des Orifices supérieurs (shangqiao), dits Orifices du Pur (qingqiao). L’Alchimie interne (neidan) va plus loin. Dès son abaissement conscient sous le nombril, lieu de l’Essence (jing), le Souffle (qi) du Poumon amorce le travail de connaissance de soi, une ouverture vers l’intérieur donc. Ainsi les Orifices (qiao) servent-ils autant à communiquer avec l’extérieur, qu’avec l’intérieur. On n’imagine pas une porte ou une barrière sans un double mouvement.
Sur un autre plan, en physiologie médicale, le Poumon, stocke, réparti et clarifie le qi. Or, à la naissance, les taoïstes nous enseignent que les deux yeux du fœtus qui se faisaient face dans l’état fœtal, se séparent. Le premier œil est l’œil sensoriel du petit d’homme, le deuxième contient toute l’histoire familiale et ancestrale de la lignée sous une forme visible, par exemple, celle des Fantômes (gui). À la naissance, lors du premier mouvement du Souffle (qi), le premier œil apparait dans le Cœur ; il devient la Nature profonde (xing). Le deuxième œil va se cacher en profondeur dans les Reins pour organiser la Force vitale (ming). Elle emporte avec elle les Fantômes (gui) et va décider du Destin (ming) de l’individu. On voit là, que le Souffle (qi) ne se contentera pas de stocker, répartir et clarifier ; il va aussi refouler et voiler. Il va rendre invisible ce qui était visible dans la matrice maternelle.
Les Reins
En Médecine chinoise (zhongyi), les Reins pourvoient à la Transformation de l’Énergie (qi) et thésaurisent l’Essence (jing) yin et yang. Ils ont cette double contenance qui les assigne dans la dualité. C’est pourquoi, d’ailleurs, nommons-nous tous les autres Organes (zangfu) au singulier, tandis que nous écrivons « les Reins ». De plus, nous savons qu’en eux demeurent simultanément l’Esprit originel (yuanshen) du Ciel antérieur (xiantian) et le contenu du Ciel postérieur (houtian). Encore une dualité spécifique à ce Viscère (zang). Un traitement médical tonifie le yin et le yang, l’un ou l’autre. De toute manière, conserve-t-il cette double fonction rénale concordante avec sa physiologie.
En Alchimie interne (neidan), les choses sont plus subtiles. Pour le comprendre, partons de l’expression shenqi, tant est si bien que l’Esprit (shen) est inséparable de l’Énergie (qi). Elle met celui-là en mouvement. Si les Reins sont le lieu de la Transformation de l’Énergie (qihua) par l’abaissement conscient du Souffle (qi) sous le nombril, commencent-ils à transformer l’Esprit (shen) dans l’Essence (jing). En effet, le Souffle (qi) qui s’abaisse consciemment, entraîne avec lui l’Esprit (shen). Nous avons déjà rapporté cette première étape, assimilée à la Transformation (hua) de l’Essence (jing) en Énergie (qi), à l’œuvre au noir des alchimistes médiévaux. La Transformation (hua) signifie celle de la dualité en unité. La dualité intéresse le manifesté, la Nature profonde (xing), par rapport au caché, la Force vitale (ming). L’unité entre le xing et le ming s’acquière quand un Fantôme (gui) a été extrudé du corps. Nous avons l’habitude de dire que, quand un Fantôme (gui) s’en va, un Esprit (shen) s’en vient. Les Reins sont bien le seul Viscère (zang) où la dualité se Transforme (hua) en unité. Pour cela, considère-t-on qu’ils sont les deux seuls organes totalement doubles du corps.
Le Foie
En physiologie médicale, le Foie assure la libre circulation du qi et du Sang [fonction shuxie], il stocke et réparti le Sang. En Alchimie interne (neidan), l’indication que nous avons est celle-ci : le Sang doit définitivement quitter le Foie pour que l’adepte accède à l’état de yangshen.
Ce yang n’est pas en rapport duel avec le yin qui contient celui-là. Il s’agit d’une tout autre dimension, supra-mentale, extra-corporelle même, non-duelle, sans associé. Aucun mot ne peut la circonscrire, elle se vit par expérience directe.
On constate ici que la fonction du Foie sur le Sang obéit à une double réalité. Quand le Sang reste dans le Foie, il pourvoie à la vie. Quand le Sang se retire du Foie, au cours de la vie évidemment, la sortie du corps sous la forme du yangshen permet l’intégration de la Vacuité (xu).
Le Sang est yin qui est matière. Le Sang du Foie retient donc l’Esprit (shen) dans le corps. On le sait autrement, puisque le Foie assiste l’activité mentale du Cœur dont le Sang est son support. Et encore autrement : l’Âme céleste (hun) du Foie est dans une relation d’« aller-et-venir » avec l’Esprit (shen). Quand le Sang abandonne le Foie, plus aucun yin ne retient dans le corps, l’Esprit (shen). Devenu yangshen, celui-ci peut alors quitter son enveloppe pour rejoindre la Vacuité (xu).
Le mécanisme est encore plus profond. Le Foie est le commencement de toute chose, du temps donc, de sa suppression par conséquent. Extruder le Sang du Foie conduit à l’état de cessation du temps. Elle permet au yangshen qui n’a plus de yin pour le retenir, de devenir instantanément Vacuité (xu).
La Rate
La Rate pourvoie à la fonction de Transformation-Transport (yunhua) du qi, tandis que les Reins Transforment le qi (qihua). Aussi, la Transformation (hua) alchimique de l’Esprit (shen) trouve son équivalent dans le corps par les fonctions physiologiques médicales de Transformation (hua) de la Rate et des Reins : elles sont les mêmes.
Le Cœur
Nous avons volontairement mis le Cœur en fin de description. Il a été traité dans le chapitre des 4 états psychiques. Rappelons que nous considérons le Feu empereur (junhuo) comme le 1e Feu sur lequel aucune action n’est possible car il est immobile. Puisqu’il est le témoin de la Vacuité (xu) dans le monde incarné, en fin de parcours alchimique, il deviendra la conscience assimilée au yangshen, prête à quitter le corps.
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