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Victoire sur une endométriose et des ovaires polykystiques

Dans Phytothérapie chinoise Dans Maladies et symptômes Dans Gynécologie

Une endométriose extrêmement handicapante quasiment disparue en quelques mois. C’est possible grâce au pouvoir de la médecine chinoise classique, qui en plus d’avoir des traitements fiables, possède une méthode diagnostique remarquable. Ce cas clinique démontre la démarche traditionnelle du traitement d’une pathologie chronique invalidante.

Dans le monde de la médecine chinoise, il est souvent véhiculé l’idée que les prescriptions du Shāng Hán Lùn (Traité des lésions du froid) ne sont utiles que pour les grippes, refroidissements, les rhumes, brefs, les atteintes externes. Ceci est absolument erroné et nous empêche souvent de bénéficier dans tous les domaines de la pathologie de la redoutable efficacité de la médecine chinoise classique. Je rappelle que cette dernière se distingue de la médecine traditionnelle chinoise (MTC) par le fait qu’elle se fonde principalement sur l’œuvre de Zhāng Zhòng Jǐng. Pour mieux comprendre cette idée et apprécier cet article, je vous suggère la lecture de 3 textes :

Pourquoi la médecine chinoise « classique » va-t-elle révolutionner votre pratique ?
La médecine chinoise classique va révolutionner votre pratique - Partie 2

La médecine chinoise classique va révolutionner votre pratique - Partie 3

Situation de la patiente au moment de la première consultation

Je la rencontre le 11 juin 2016. Elle a 21 ans. Ses principales souffrances sont une endométriose et des ovaires polykystiques. Faisant des études médicales, elle refuse tout traitement hormonal.

Symptômes durant les menstruations

Concrètement elle souffre durant les menstruations de douleurs intenses qu’elle estime d’une intensité de 7/10, 10 étant une douleur de type colique néphrétique c’est-à-dire insupportable. 7/10 est donc très intense. Les douleurs sont continuent et durent pendant au moins 6 jours. Elles partent de la zone pelvienne et remontent et irradient  jusqu’à l’appendice xiphoïde (l’irradiation est à son pic le premier et deuxième jour). Ces douleurs sont souvent accompagnées de nausées et de fortes douleurs lombaires et des tensions musculaires générales. La douleur ne disparaît avec aucun médicament (antalgique, anti-inflammatoire). Parfois, si elle prend le premier jour, 2 voire 3 antiinflammatoires (Espidifen 600 mg - Ibuprofène), le pic de douleur est diminué à 5/10. Cependant ça ne marche pas tout le temps. La douleur est permanente et intense pendant 3 jours, puis les 3 jours suivants elle diminue à 4 ou 5/10 et toujours permanente. Elle s’atténue au 7ème jour, disparaît le 8ème. Les règles sont hémorragiques, avec un sang rouge foncé et présence de caillots.

A cela il faut ajouter qu’elle souffre d’une fièvre pendant les règles autour de 39° !!! En dehors des menstruations, elle n’a pas de sensations de froid ni de chaud dans le corps. Elle n’est pas sensible du tout à la chaleur (même à de très fortes chaleurs) et pas vraiment au froid non plus. En revanche, elle a les extrémités glacées tout le temps et le ventre est presque toujours froid. 

La chaleur, la position sur le ventre, et l’inspiration à fond diminuent la douleur. Les vêtements qui serrent empirent la douleur. Dans ces périodes de douleur intense, elle a besoin d’air, déteste la chaleur excessive.

Symptômes durant l’ovulation

En outre, au moment de l’ovulation, pendant 4 à 5 jours, elle a aussi de fortes douleurs fixes, qui n’irradient pas. C’est une sensation de coups de couteaux et crampes dans l’abdomen au niveau du nombril et des fois plus bas mais jamais plus haut. Ces deux périodes sont accompagnées de migraines et d’insomnies, ainsi que de sensations d’étouffement, d’un besoin de s’isoler, de changements d’humeur brusques et de colères ou de tristesse.

Les autre symptômes accompagnateurs sont les suivants :

Transpire abondement des aisselles, pas de transpiration la nuit (sauf en période de règle légèrement et c’est sur tout le corps), sans odeur ni couleur particulière, se réveille parfois parce qu’elle a froid aux alentours de 3/4h du matin et vers 6/7h parce qu’elle a chaud, sècheresse des lèvres de temps en temps, se couche avec une bouteille d’eau car elle boit avant de se coucher, pendant la nuit et au réveil (elle boit facilement 1 litre), pas de goût amer dans la bouche, urines de couleurs variables, assez fréquentes avec légère douleur en début de miction, infections urinaires assez fréquentes (au moins une tous les 3 mois plus ou moins forte), assez souvent des douleurs au niveau des reins plus localisées à gauche, alternance de périodes de constipations et de diarrhées (et des gaz ), selles plutôt défaites même en cas de constipation, selles presque tous les jours quand diarrhée, ou toutes les 2 ou 3 jours quand constipation, sensation de creux dans le haut de l’épigastre (au niveau du plexus), crampes intestinales et gaz, grosse prise de poids sans cause apparente, grosse addiction au sucre, envie de grignoter (sans faim), mauvais sommeil, 5h30 de sommeil par nuit, faiblesse générale mais finalement assez peu de fatigue, irritabilité, colère, agitation et nervosité. Le pouls au moment où je vois la patiente (en dehors des règles) est fin (xì 细) et en corde (xián 弦). La langue est relativement normale mais la pointe est très rouge et les veines sublinguales foncées et dilatées.

Diagnostic et signification des symptômes ?

En termes de médecine chinoise classique, mon diagnostic est une maladie combinée jué yīn/yáng míng avec stase de sang. Il y a d’autres aspects secondaires qui me laissent penser qu’il y aurait aussi un syndrome du tài yīn. Cependant, il ne me paraît pas essentiel. Je ne le prendrai pas en compte pour le traitement ou de manière indirecte.

En effet, cette jeune femme souffre de signes de chaleur en haut de corps démontrés par la transpiration aux aisselles (uniquement dans cette zone en dehors des règles), la sècheresse des lèvres, le mauvais sommeil, l’agitation, la pointe de la langue rouge. En parallèle elle a des signes de froid en bas : membres glacés, ventre froid, alternance de diarrhée et de constipation, gaz intestinaux, crampes intestinales, sensation de faiblesse. Cette dichotomie des symptômes prône pour un syndrome mi-externe, mi-interne et comme le froid domine en bas, il s’agit d’une maladie du jué yīn. En outre, l’alternance de chaud et de froid durant la nuit met spécialement en évidence le syndrome mi-externe, mi-interne.

Cependant, comme cette patiente fait des pointes de fièvre à 39° durant les règles et que l’aspect émotionnel est assez important (la chaleur agite l’esprit) et que les règles sont hémorragiques, il est certain qu’il y a en plus une chaleur du yáng míng. Même si ce n’est pas le déséquilibre majeur, il est là et doit être pris en charge.

Nous constatons que cette chaleur du yáng míng augmente fortement au moment des règles. Comment expliquer cela ? De nombreux symptômes démontrent une stase de sang : douleur intense, douleur fixe, sang rouge sombre, caillots, veines sublinguales foncées et dilatées… Quand le sang stagne trop et s’accumule excessivement dans un endroit, il se transforme en chaleur. Cette chaleur interne n’est rien d’autre qu’une chaleur du yáng míng secondaire. C’est pourquoi, le traitement de la stase de sang est également indispensable.

La douleur lombaire et les tensions musculaires se manifestent uniquement ou plus fortement au niveau des règles. C’est pourquoi je suis convaincu qu’il ne s’agit pas d’un syndrome de surface (tài yáng ou shào yīn) et plutôt le résultat de la stase de sang. C’est pourquoi je n’intègre pas la surface dans mon diagnostic.

Premier traitement :

En cas de trouble gynécologique de type jué yīn, la prescription souvent employée est Wēn Jīng Tāng 温经汤 (Décoction pour tiédir les menstruations). Cependant, cette prescription me semble trop échauffante pour le moment et pas assez refroidissante compte tenu de la présence d’une chaleur du yáng míng, je préfère démarrer sur une autre formule, Bàn Xià Xiè Xīn Tāng 半夏泻心汤 (Décoction de Rhizoma Pinelliae Ternatae pour drainer l’épigastre) qui se compose de :

  • (Qing) Bàn Xià 半夏 (Rhizoma Pinelliae Ternatae) 12g,
  • Huáng Qín 黄芩 (Radix Scutellariae Baicalensis) 9g,
  • Gān Jiāng 干姜 (Rhizoma Zingiberis Exsiccata) 12g,
  • (mi chao) Dǎng Shēn 党参 (Radix Codonopsitis Pilosulae) 9g,
  • Zhì Gān Cǎo 炙甘草 (Radix Glycyrrhizae Praeparata) 9g,
  • Huáng Lián 黄连 (Rhizoma Coptidis Chinensis) 6g,
  • Dà Zǎo 大枣 (Fructus Zizyphi Jujubae) 6g.

J’ajoute à cette prescription :

  • Dāng Guī 当归 (Radix Angelicae Sinensis) 12g
  • (jiu zhi) Chuān Xiōng 川芎 (Radix Ligustici Wallichii) 12g
  • Mǔ Dān Pí 牡丹皮 (Cortex Radicis Moutan) 12g

Pour activer le sang et transformer la stase de sang.
Et aussi :

  • Shí Gāo 石膏 (Gypsum Fibrosum) 30g pour clarifier la chaleur du yáng míng.

Les posologies sont pour une journée et en décoction. Je décide de partir pour 24 jours de traitement et faire le point avec la patiente à la fin de cette période pour voir si tout se passe bien. J’ai préféré Bàn Xià Xiè Xīn Tāng 半夏泻心汤 aussi car la dysménorrhée s’accompagne souvent de nausées et qu’en dehors des règles les signes digestifs sont prépondérants. Shí Gāo est indispensable pour la chaleur du yáng míng y compris sur le plan psychique (sommeil, irritabilité, nervosité, colère…). Dāng Guī, Chuān Xiōng et Mǔ Dān Pí sont fondamentaux ici pour traiter la stase de sang et éviter qu’elle se transforme en chaleur, notamment grâce à Mǔ Dān Pí et l’aide de Shí Gāo.

Deuxième traitement & première révision

Le 19 juillet 2016, je revois la patiente pour faire le bilan des 24 premiers jours de traitement.

Au moment des règles la situation est globalement la même MAIS la douleur est à 4/10 au lieu de 7/10 et elle n’a pris qu’une seule fois un antidouleur quand habituellement elle pouvait en prendre 3 ou 4 fois. Elle éprouva aussi moins de migraine. Fait aussi notable, elle a eu moins de fièvre pendant les menstruations : 37,5° ou 38°, donc une chute de cette fièvre menstruelle de 1 à 1,5°. En dehors des règles, elle ne s’est plus réveillée dans la nuit à cause de la sensation de froid. Elle boit moins la nuit (pratiquement pas) et n’a plus les lèvres sèches. Les diarrhées ont pratiquement disparues et il y a moins de constipation. Cependant il y a l’apparition d’un hoquet fréquent avec les plantes. La quantité de sommeil a diminué (4 à 5h au lieu de 5h30) mais est de meilleure qualité.

On constate de très belles améliorations sur de nombreux symptômes clés : menstruation, température, digestif, etc. Je décide de donner exactement le même traitement en diminuant Bàn Xià et en ajoutant Chì Sháo Yào赤芍药 (Radix Rubrus Paeoniae Lactiflorae) :

  • Bàn Xià 半夏 (Rhizoma Pinelliae Ternatae) 9g,
  • Huáng Qín 黄芩 (Radix Scutellariae Baicalensis) 9g,
  • Gān Jiāng 干姜 (Rhizoma Zingiberis Exsiccata) 12g,
  • Dǎng Shēn 党参 (Radix Codonopsitis Pilosulae) 9g,
  • Zhì Gān Cǎo 炙甘草 (Radix Glycyrrhizae Praeparata) 9g,
  • Huáng Lián 黄连 (Rhizoma Coptidis Chinensis) 6g,
  • Dà Zǎo 大枣 (Fructus Zizyphi Jujubae) 6g.
  • Dāng Guī 当归 (Radix Angelicae Sinensis) 12g
  • (jiu zhi) Chuān Xiōng 川芎 (Radix Ligustici Wallichii) 12g
  • Mǔ Dān Pí 牡丹皮 (Cortex Radicis Moutan) 12g
  • Shí Gāo 石膏 (Gypsum Fibrosum) 30g
  • Chì Sháo Yào赤芍药 (Radix Rubrus Paeoniae Lactiflorae) 12g

Troisième traitement & deuxième révision

Je refais le point avec la patiente à distance le 27 août 2016 après 24 jours de traitement. Les améliorations du premier traitement sont confortées et la patiente note les changements suivants :

Les insomnies et l’agitation augmentent quand elle n’est pas sous plantes. Elle est plus calme et moins irritable avec le traitement. Elle ressent nettement la différence au niveau psychique entre prendre et ne pas prendre le remède. Elle a l’impression de transpirer plus mais de manière plus globale (pas uniquement au niveau des aisselles). Enfin, elle a moins envie de grignoter mais plus souvent faim ! Globalement, nous restons sur le même niveau d’amélioration qu’avec le premier traitement avec encore un peu moins de chaleur du yáng míng, sans doute quand la patiente prend le remède (amélioration psychique). Donc, il me semble que nous avons atteint un palier avec cette formule. Globalement les syndromes du jué yīn et du yáng míng sont atténués (mais encore actifs) et la stase de sang est moindre. Ainsi, je décide maintenant de bifurquer sur la célèbre Wēn Jīng Tāng 温经汤 (Décoction pour tiédir les menstruations). En outre, je pense que j’ai sous-évalué la maladie du tài yīn qui se manifeste par les troubles urinaires, l’addiction au sucre et la propension à prendre du poids. Il faut donc traiter ce système également. Et enfin, j’évalue que les maux de tête, la transpiration plus générale, la douleur lombaire, les tensions musculaires pourraient être finalement en lien avec une maladie du tài yáng, bien que je reste certain que les deux derniers symptômes sont aussi associés à la stase de sang.

Donc la révision du diagnostic selon la médecine chinoise classique est :

Maladie combinée jué yīn, yáng míng, tài yīn, tài yáng et stase de sang !!!

J’opte pour une modification et une combinaison de Wēn Jīng Tāng 温经汤 (Décoction pour tiédir les menstruations), Dāng Guī Sì Nì Tāng当归四逆汤 (Décoction des quatre inversions avec Radix Angelicae Sinensis) et Dāng Guī Sháo Yào Sǎn 当归芍药散 (Poudre de Radix Angelicae Sinensis et de Radix Albus Paeoniae Lactiflorae).

La complexité de la situation, la nature de la maladie et de la multitude de symptômes obligent de prescrire de nombreuses plantes et avec une posologie relativement élevée. Le traitement va être long et couteux. Je préviens la patiente qui fait le choix d’investir dans sa santé. Le traitement proposé est le suivant :  

  • (zhi) Wú Zhū Yú 吴茱萸 (Fructus Evodiae Rutecarpae) 30g,
  • (jiu zhi) Dāng Guī 当归 (Radix Angelicae Sinensis) 10g,
  • (jiu zhi) Chuān Xiōng 川芎 (Radix Ligustici Wallichii) 10g,
  • Bái Sháo Yào 白芍药 (Radix Albus Paeoniae Lactiflorae) 15g,
  • Chì Sháo Yào赤芍药 (Radix Rubrus Paeoniae Lactiflorae) 15g
  • Dǎng Shēn 党参 (Radix Codonopsitis Pilosulae) 10g,
  • Guì Zhī 桂枝 (Ramulus Cinnamomi Cassiae) 10,
  • Mǔ Dān Pí 牡丹皮 (Cortex Radicis Moutan) 10g,
  • Zhì Gān Cǎo 炙甘草 (Radix Glycyrrhizae Praeparata) 6g,
  • Táo Rén 桃仁 (Semen Pruni Persicae) 10g,
  • Mài Mén Dōng 麦门冬 (Tuber Ophiopogonis Japonici) 10g
  • Tōng Cǎo 通草 (Medulla Tetrapanacis Papyriferi) 6g
  • Xì Xīn 细辛 (Herba Asari Cum Radice) 6g
  • Fú Líng 茯苓 (Sclerotium Poriae Cocos) 10g
  • Gān Jiāng 干姜 (Rhizoma Zingiberis Exsiccata) 10g
  • Cāng Zhú 苍术 (Rhizoma Atractylodis) 15g

Explications globales du traitement :

  • Wēn Jīng Tāng 温经汤 (Décoction pour tiédir les menstruations) traite la maladie du jué yīn et les troubles gynécologiques.
  • Dāng Guī Sì Nì Tāng当归四逆汤 (Décoction des quatre inversions avec Radix Angelicae Sinensis) traite les maladies du tài yáng et du tài yīn.
  • Dāng Guī Sháo Yào Sǎn 当归芍药散 (Poudre de Radix Angelicae Sinensis et de Radix Albus Paeoniae Lactiflorae) traite les maladies du tài yīn et du yáng míng.
  • En outre Bái Sháo Yào, Chì Sháo Yào, Mǔ Dān Pí, Mài Mén Dōng claifient le yáng míng.

Je demande à la patiente de suivre cette nouvelle prescription durant 2 cycles menstruels de fin août à fin octobre environ.

Quatrième traitement & troisième révision

Je revois la patiente le 27 octobre 2016. Encore une fois, ce que nous avions gagné dès le premier traitement a tenu et de nouvelles améliorations sont visibles :

Les douleurs ont pratiquement disparues (2 ou 3/10) et ne reste que ponctuellement sur des périodes de 20 min à 2h, sauf le deuxième jour des règles où la douleur est alors constante entre 3 et 4/10 mais largement supportable. La douleur irradie beaucoup moins, 50% de moins qu’avant le 3ème traitement. Les nausées sont toujours présentes, les tensions musculaires aussi. En revanche, la douleur lombaire a disparu. La fièvre durant les règles se maintient entre 37,5° et 38°. Le ventre reste froid. Autre amélioration importante, la durée des règles est passée de 6 à 8 jours à 5 à 6 jours. Même si les saignements restent importants il y a donc moins de perte de sang.

Les fortes douleurs fixes en coups de couteaux, les crampes abdominales au niveau du nombril 3 à 4 jours autour de l’ovulation ont disparu ! Seul persiste un certain mal être (nausées, sensation de faiblesse et quelques légères douleurs fugaces) 3 jours autour de l’ovulation. Les maux de tête ne sont plus présents, uniquement lors des 3 premiers jours de règles et le jour de l’ovulation. Le mauvais sommeil se maintient durant ces deux périodes. La patiente a quand même le sentiment que son état psychique et son sommeil seraient pires sans le traitement. Elle sent qu’il lui fait du bien.

On peut aussi noter les changements suivants : Perte de 4 kilos ces 2 derniers mois. Elle ne grignote pratiquement plus (ça reste ponctuel), ses repas sont plus équilibrés. Elle peut avoir des remontées acides liées à certains aliments ou comportements alimentaires. Pas de changement au niveau de la transpiration. En dehors des règles, elle ne se réveille pas à cause de la sensation de froid, sa température est normale. Elle a un peu plus soif la nuit qu’après le premier traitement mais moins qu’avant. Au niveau urinaire, les symptômes sont identiques. Elle n’a plus de constipation ni de diarrhée. Les selles sont normales et régulières. Suite à un évènement tragique dans son entourage, elle se réveille très souvent (entre 3 à 8 fois par nuit), angoissée, le plus souvent avec une impression de manquer d’air. Elle dort entre 4 à 5h par nuit. Du coup elle ressent une grande fatigue et de la faiblesse. En même temps et malgré la situation, elle se sent plus calme qu’avant les traitements. Pour la même raison, elle a beaucoup plus de mal à manger le matin et éprouve souvent de la nausée. En revanche, la sensation de creux au niveau épigastrique a disparu. Elle souffre toujours de crampes et de gaz. Elle n’a plus le hoquet qu’une fois tous les deux ou trois jours, uniquement quand elle prend les plantes. Pendant et en dehors des règles, elle n’a plus de douleur lombaire ni de sacro-iliaque.

Globalement l’amélioration reste importante et les règles sont de plus en plus supportables. Je lui propose de continuer le même traitement régulièrement sur 4 cycles. En outre, après lui avoir demandé de m’expliquer ce qu’elle mangeait, je lui suggère vivement une modification radicale de certaines mauvaises habitudes et notamment l’arrêt drastique des sucres, sous toutes ses formes y compris les glucides à index glycémique bas.

Quatrième révision

Je revois la patiente le 14 avril 2017, après un traitement qui dura sur 4 cycles. Les résultats sont notables :

Les douleurs sont présentes seulement le deuxième jour et d’une intensité de 3/10 et les 5 autres jours des règles, ce n’est qu’une gêne et une sensation de fatigue. Je rappelle que cette patiente souffre d’endométriose et d’ovaires polykystiques. La douleur n’irradie pratiquement pas, elle est localisée sur une plus petite région. La patiente ne parle plus de tension musculaire mais de gêne musculaire qui lui semble moindre. Elle ne prend plus aucun antalgique, plus aucun antiinflammatoire depuis ces 4 derniers cycles. La fièvre a totalement disparu, le ventre reste froid. Aux dernières règles, le sang était de couleur normale et il n’y avait pas de caillot. Persiste les douleurs de tête.

En dehors des règles, des changements sont aussi très clairs : son état émotionnel est moins lié à son cycle et le sommeil s’est drastiquement amélioré, selon elle depuis son changement d’alimentation (alimentation végétarienne a 20% et végétalienne à 80%). Elle ne grignote plus mais persiste l’addiction au sucre. Elle n’arrive pas à limiter sa consommation. Disparition des remontées acides, des crampes abdominales, des gaz, du hoquet. Les selles sont normales. Absence de froid la nuit et se réveille en ayant chaud le matin (pas de fièvre). La sensation disparaît assez vite au lever. Les infections urinaires et les douleurs aux reins sont beaucoup moins fréquentes. Elle dort au moins 6h par nuit, d’un sommeil généralement réparateur et généralement sans interruptions. La fatigue est beaucoup moins importante et la sensation de faiblesse se ne présente que de temps en temps. La vitalité est revenue. Elle est toujours plus calme sur le plan émotionnel.

Après 156 jours de traitement, c'est-à-dire un peu plus de 5 mois, la patiente est très heureuse de vivre normalement au moment des règles et de l’ovulation. Elle sent sa vitalité revenir au plus haut niveau ainsi qu’un bien meilleur équilibre psychique. Nous nous mettons d’accord pour suspendre le traitement.

Conclusion

156 jours peuvent sembler longs. En réalité, comme ce qui est acquis est souvent définitif avec ce système médical, ce n'est rien devant l'impossibilité des traitements de la médecine conventionnelle à guérir ce type de situation. La médecine chinoise classique est supérieure dans ses effets à notre médecine officielle dans ce domaine.

La difficulté que nous rencontrons souvent dans notre pratique clinique est qu’une majorité de patients présente des situations complexes avec une multitude de signes et symptômes qui partent dans tous les sens. Grâce à la méthode diagnostic de la médecine chinoise classique, il est plus facile de s’y retrouver et de composer des traitements très individualisés et adaptés aux besoins réels (et non pas supposés) du patient. Souvent et pas toujours (!), les patients souffrant de très nombreux symptômes, touchant diverses systèmes organiques relèvent d’un syndrome du shào yáng ou du jué yīn. Ici c’était le cas avec en outre un empilement d’autres déséquilibres : jué yīn, yáng míng, tài yáng, tài yīn, stase de sang ! Le traitement qui en a découlé avait le défaut de comporter beaucoup de plantes. Ce n’est pas toujours le cas. Le plus souvent même avec des conditions compliquées, nous prescrivons des traitements plus simples. Ici c’est la nature de la pathologie qui a motivé l’usage de nombreuses substances médicinales. On ne traite pas une maladie avec des modifications anatomiques (endométriomes et kystes) comme on soigne une maladie fonctionnelle. Il faut un impact thérapeutique plus fort. C’est pourquoi dans le dernier traitement sur 4 cycles il y avait, par exemple, 5 substances médicinales pour la stase de sang. Zhāng Zhòng Jǐng n’utilise jamais autant de remèdes pour la stase de sang. Au final, ce fut un choix judicieux si on se fonde sur les résultats obtenus. Et surtout cela ouvre des perspectives pour toutes les femmes qui souffrent affreusement lors de leurs règles, par endométriose, ovaires polykystiques, déséquilibres hormonaux ou autres…  


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Philippe Sionneau
Université de médecine chinoise du Hu Bei
Diplôme d’état de la R.P. de Chine.


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