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Interview Les points sur les ” i ” de la Médecine Chinoise (France)

Dans Interview

Interview de Philippe Sionneau par Didier Galibert rédacteur en chef du magazine Génération Santé, parue dans www.consultation-medecine-chinoise.com en novembre 2004. (France)

magazine-generation-santeDidier Galibert a voulu en savoir plus sur la Médecine Chinoise et par le biais de Génération Santé, il s'est adressé directement à son spécialiste le plus représentatif : Philippe Sionneau.

Didier Galibert : Monsieur Sionneau, il semblerait que l'acupuncture est en plein essor en France, à quoi l'attribuez-vous ?

Philippe Sionneau : Si nous voulons être précis, ce n'est pas l'acupuncture qui est en plein essor mais la médecine chinoise. L'acupuncture n'est qu'une partie de ce système médical. En fait, celui-ci explose littéralement partout en Occident. Il est maintenant autorisé et régularisé dans toute l'Amérique du Nord y compris au Québec, en Australie, en Nouvelle-Zélande, mais aussi dans de nombreux pays Européens : la Suède, le Danemark, la Grande Bretagne, l'Allemagne, les Pays-Bas, le Portugal. D'autres pays sont sur le point de régulariser cette profession : Belgique, Suisse, Espagne. Bref, ça monte !

Didier Galibert : Oui mais pourquoi cet engouement pour cette médecine exotique alors que nous avons de nombreuses techniques intéressantes chez nous ?

Philippe Sionneau : Je crois que la médecine chinoise attire beaucoup de praticiens car c'est une médecine complète qui possède sa propre interprétation de l'être humain et de ses pathologies, avec en plus une philosophie remarquable. Elle est très technique mais enrichit aussi l'esprit de la personne qui l'étudie. Je pense également que notre médecine conventionnelle est devenue trop froide, trop technologique, trop impersonnelle, alors que la médecine chinoise est centrée sur l'être et ses perceptions.

Didier Galibert : Est-ce que cela voudrait dire que la médecine chinoise est meilleure que la médecine occidentale ?

Philippe Sionneau : Ce n'est pas parce que les orchidées sont belles que les roses ne le sont pas ! Les deux médecines ont leurs forces et leurs faiblesses. Elles se complètent à merveille. L'avenir réside dans l'association de ces deux univers, ce qui permettra de soigner davantage de personnes. L'avenir est dans l'union, la rencontre et non pas la séparation ou l'exclusion. Chacune de ces deux médecines a sa place dans notre société moderne.

Didier Galibert : En France, il faut être médecin pour pratiquer la médecine chinoise et l'acupuncture et pourtant de nombreux praticiens non-médecins exercent, trouvez-vous cela normal ?

Philippe Sionneau : C'est une question délicate. Selon la loi, en effet, les non-médecins ne devraient pas exercer. Cependant, actuellement, les plus grandes avancées dans le domaine de la médecine chinoise dans tous le monde occidental sont accomplies par des non-médecins qui soient reconnus ou non dans leur pays. Au Québec, tous les acupuncteurs qui hier étaient des « hors la loi », sont des praticiens reconnus, acceptés et incontestés… En France, pour le moment les non-médecins n'ont pas le droit de pratiquer, mais ils seront reconnus tôt ou tard. Partout en Europe, la tendance est à la régularisation de leur situation. Je ne vois pas comment la France pourrait faire de la résistance. Les lobbies ne peuvent rien contre la force du destin et je crois que le destin de la médecine chinoise est de s'imposer dans nos sociétés occidentales. Et comme c'est toujours le cas dans la constitution de nouveaux métiers, les « pionniers » seront acceptés quitte à passer un examen pour les évaluer et compléter leur savoir en cas de besoin.

Didier Galibert : Les formations des acupuncteurs de tous bords sont-elles de bon niveau et permettent-elles de protéger les patients des charlatans ?

Philippe Sionneau : Encore une question délicate ! Aujourd'hui, puisqu'il n'existe pas de vraie régularisation et contrôle au sujet de la médecine chinoise, c'est vrai que n'importe qui pourrait s'afficher acupuncteur. Et c'est pour cela que les gouvernements européens ont intérêt de régulariser cette profession naissante. Ceci étant dit, il faut savoir que les écoles de médecine chinoise sont de plus en plus conscientes de leurs responsabilités et le niveau de l'enseignement s'améliore d'année en année. Des associations, des fédérations tentent de mettre en œuvre un label de qualité, une charte de déontologie et

d'éthique, les échanges avec les universités chinoises sont incessants… Bref, tout le monde tente de faire du bon travail. Il existe encore quelques brebis galeuses mais elles tendent à disparaître. Cette profession progresse et il faut continuer.

Didier Galibert : Vous êtes vous même enseignant, je crois ? Que faites-vous exactement ?

Philippe Sionneau : Je propose de la formation continue qui s'adresse aux professionnels ou aux étudiants qui finissent leurs études. Je donne principalement des cours en France, en Suisse, en Espagne,

et ponctuellement au Québec et aux USA pour le plaisir. Je pense être un chercheur dans l'âme. Ce qui me passionne, c'est d'amener en Occident des informations inédites afin d'améliorer nos connaissances pour être plus performant en pratique clinique.

Didier Galibert : Si j'ai bien compris vous êtes auteur de nombreux livres sur le sujet, vous enseignez et vous pratiquez l'acupuncture ?

Philippe Sionneau : Pas que l'acupuncture ! J'essaye d'aider les gens qui souffrent ou qui ont envie de prévenir les maladies avec certes l'acupuncture, mais aussi la phytothérapie, la diététique et le massage chinois. Mais tout cela ne sont que les outils thérapeutiques. Avant d'en arriver là, nous devons d'abord faire le bilan de l'état de la personne avec des techniques chinoises rodées depuis plus de 3000 ans. Ce n'est qu'à partir du moment où nous avons une « photo » de l'état du patient que nous pouvons lui proposer des solutions.

Didier Galibert : Quelles sont les maladies que vous traitez avec ces techniques ancestrales ?

Philippe Sionneau : Enormément de chose ! Les personnes qui viennent à nous sont soit des déçus de la médecine occidentale qui viennent chercher une médecine plus humaine, soit des patients qui n'ont pas de solutions à leur problème avec la médecine conventionnelle. A cause de cela nous voyons de tout.

Didier Galibert : Est-ce que cela veut dire que la médecine chinoise peut tout soigner ?

Philippe Sionneau : Bien sûr que non ! Comme la médecine occidentale elle a des limites. En revanche, elle traite énormément de choses, et si elle est faible ou inutile pour certaines maladies, elle a souvent des possibilités que la science moderne n'a pas pour certains troubles. Dans tous les cas, même dans les situations critiques, si vous êtes bien suivi par votre médecin traitant, c'est avantageux de suivre des traitements « chinois » complémentaires. Vous bénéficiez d'une meilleure énergie, d'un meilleur moral, d'une meilleure détente, d'une meilleure immunité…

Didier Galibert : Alors donnez-nous des exemples de maladies que vous traitez avec succès ?

Philippe Sionneau : Je veux bien mais ça va faire catalogue ! J'aime bien traiter les douleurs comme le mal de dos, la lombalgie, l'arthrose, la hernie discale, la tendinite, le syndrome carpien, etc. Pour cela l'acupuncture est formidable. Puis, il y a tous les troubles gynécologiques qui sont facilement améliorés par la phytothérapie et l'acupuncture comme les dérèglements hormonaux, la douleur de règle, le syndrome prémenstruel, le syndrome de pré-ménopause, le kyste bénin du sein ou de l'ovaire, la stérilité fonctionnelle. Même si c'est plus difficile nous avons parfois d'heureux résultats en cas d'endométriose ou de mycoses vaginales. Puis un autre domaine qui me passionne est celui des troubles psychiques. Là encore, massage chinois, acupuncture et phytothérapie parviennent à donner de merveilleux résultats en cas d'insomnie, de dépression mentale, de nervosité, d'angoisse.

Didier Galibert : Avez-vous de bons résultats pour les maladies qui se développent de plus en plus comme les allergies et la fibromyalgie par exemple ?

Philippe Sionneau : Oui nous avons de vraies solutions, parfois très efficaces pour les maladies qui explosent comme l'obésité, le diabète de type II, le syndrome de fatigue chronique, la fibromyalgie, les allergies respiratoires… Mais ce n'est pas tout, nous avons globalement de bons résultats dans la stérilité masculine, l'adénome de la prostate, la cystite chronique, la migraine, l'hépatite chronique, les troubles digestifs comme la colopathie fonctionnelle ou l'ulcère de l'estomac. Le massage et l'acupuncture sont également fantastiques pour les troubles circulatoires comme les jambes lourdes, les varices, les hémorroïdes. Ce que vous devez comprendre c'est que la médecine chinoise est un authentique système médical et non pas un ensemble de recettes thérapeutiques. La médecine chinoise comporte les mêmes spécialités médicales que la médecine conventionnelle : médecine interne, gynécologie, pédiatrie, ophtalmologie, dermatologie, rhumatologie, urologie, O.R.L., etc.

Didier Galibert : Vous parliez de troubles digestifs, donnez-vous parfois des conseils alimentaires ?

Philippe Sionneau : La diététique est le quatrième pilier thérapeutique de la médecine chinoise. L'alimentation doit être notre premier médicament. C'est pour cela que l'on donne souvent des conseils alimentaires adaptés aux besoins du patient. Parfois, des personnes viennent nous voir uniquement pour

un bilan et un réglage alimentaire pour optimiser leur santé, maintenir un poids idéal, prévenir des troubles familiaux comme le diabète ou l'hypercholestérolémie. Je pense que l'alimentation est essentielle, c'est pourquoi les deux seuls ouvrages que j'ai écrit pour le grand public concerne ce domaine. C'est essentiel.

Didier Galibert : Qu'est-ce qui garantit que la médecine chinoise est aussi efficace que cela ? N'est-ce pas au final une mode, qui passera ?

Philippe Sionneau : Oui c'est vrai, la médecine chinoise est à la mode, depuis 3000 ans ! Car depuis 3000 ans, elle ne cesse d'accumuler de l'expérience, du savoir, des succès. Elle s'est affinée au fil des siècles, et a bénéficiée du génie de très nombreux médecins hors normes qui ont fait de ce système médical, l'un des rares qui puisse aujourd'hui rivaliser avec le notre. C'est d'ailleurs pour cela que de très nombreux médecins l'étudient, c'est pour cela que de nombreux laboratoires pharmaceutiques font des

recherches sur la phytothérapie chinoise. Les scientifiques, ceux qui cherchent, connaissent l'efficacité de cette science millénaire. Donc, je suis certain que la mode de la médecine chinoise continuera encore quelques millénaire et qu'elle continuera à soulager des millions de personnes dans le monde.

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